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Le jihad oublié : l'amour en Islam

 
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damejane
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MessagePosté le: Lun 8 Sep 2008 - 19:38    Sujet du message: Le jihad oublié : l'amour en Islam Répondre en citant

Le jihad oublié : l'amour en Islam



G. Willow Wilson* : « Toute chose porte en son coeur les germes de son propre renversement. » dit la romancière égyptienne Adhaf Soueif dans son livre The Map of Love (la carte de l'amour).




G. Willow Wilson Elle se livre là à une très belle digression à propos de la grammaire arabe, comparant des mots dérivés de la même racine : dans ce cas qalb ,« cœur », et enqilab, « bouleversement ». A ce niveau, où l'interaction entre le sens et la construction est visible, l'arabe devient une langue extraordinaire, qui oblige à se lier des concepts et des idées qui n'auraient absolument rien à voir ensemble en anglais.

Malgré l'éventail conceptuel et utilitaire considérable qu'offre le système des racines et des structures de l'arabe, en matière de concept et d'usage, il y a un préjugé chez ceux qui ne le parlent pas , que cette langue et donc, l'islam ne possèdent pas d'équivalent pour le terme grec d'agapè, utilisé par les chrétiens pour désigner, l'amour sans bornes et désintéressé , entre les croyants, ou entre un fidèle et Dieu.

Plus passionné que la philia, moins explicite que l'eros, l'agapè est un amour totalement désintéressé de toute attente, dans lequel l'amoureux est soumis et discipliné face à l'être aimé. Une recherche sur Google pour "agapè " et "islam" donne littéralement des centaines de sites qui prétendent qu'un tel terme n'existe pas en arabe, et dépeignent l'islam comme une religion froide et détachée qui en est dépourvu.

A travers le temps, les musulmans soufis ont assimilé un grand nombre des termes romantiques de la langue arabe qui désignent l'amour et s'en sont servis pour décrire un idéal très proche de l'agapè . La poésie soufie des 10e et 11e siècles servit d'inspiration à la culture et aux idéaux troubadours de l'amour courtois qui fleurissaient dans les royaumes médiévaux de la Navarre et de l'Aragon - un des phénomènes artistiques positifs qui résulta du contact entre l'Europe chrétienne et le Proche-Orient musulman à l'époque des croisades. Mais un grand nombre de grands penseurs soufis, y compris Al-Ghazali, furent eux-mêmes influencés pas les idéaux chrétiens de l'amour platonicien, néo-platonicien et gnostique, subsistant au Moyen-Orient médiéval grâce à la traduction des textes grecs, romains et byzantins en arabe et en persan.

La question suivante demeure : nous savons que le prophète Mahomet voulait que les musulmans aiment et se soumettent à Dieu, mais voulait-il qu'ils soient amoureux de Dieu – et qu'ils reportent cet amour et cette soumission sur leur prochain ?

La réponse est oui, tout simplement. Bien que les détracteurs de l'islam l'aient typiquement négligé, il existe bel et bien un mot pour agapè en arabe. Le terme comporte la même nuance de dévouement sans bornes que le mot grec, et il est utilisé dans les mêmes contextes. Mieux encore, c'est un mot tout à fait authentique, ce n'est ni un emprunt, ni une adaptation, ni un calque d'un mot d'une autre langue. Le mot arabe pour agapè est mahabba, et c'est-là quelque chose de fascinant pour deux raisons ; d'une part, parce que ce mot vient de hab- au féminin - qui signifie amour et d'autre part, à cause du préfixe « ma ». En arabe, ajouter la lettre mim au début d'un mot signifie « celui qui est/qui fait », « ce qui est/qui fait » ou « qui est dans un état de » suivi d'un nom. Junun veut dire fou, et majnun veut dire "celui qui est fou" ou "dans un état de folie"; baraka signifie bénédiction, et mubarak signifie "celui qui est béni" ou "en un état de grâce".

Ainsi donc, mahabba veut dire littéralement « amoureux », mais il est rarement utilisé dans un sens érotique. Ce terme peut décrire soit l'amour du prochain soit l'amour divin, et dans les deux cas, il est employé le plus communément dans un contexte spirituel. La notion de soumission est implicite au terme mahabba ; l'amoureux met l'être aimé au centre du discours, et se soumet à ses exigences.

L'auteur Fethullah Gulen décrit le terme mahabba comme « obéissance, dévotion et soumission inconditionnelle » à l'être aimé, en se référant au distique de la sainte soufie Rabi'a Al-Adawiya « Si tu étais sincère dans ton amour, tu Lui obéirais / car un amoureux obéit à l'être qu'il aime ».

Alors qu'encore une fois, ce sont, essentiellement les soufis qui ont propagé l'idéal du mahabba à travers les siècles, le mot et le concept puisent leur origine dans le courant principal de la tradition islamique : le verset 3 : 31 du Coran est parfois appelé 'ayat ul'mahabba' et voilà ce qu'il dit : « Dites que vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, et Allah vous aimera. » . Un hadith qudsi (la parole de Dieu telle que répétée par le prophète Mahomet) faisant partie de l'ensemble de hadiths regroupés par l'imam Malik est même plus explicite : « Dieu dit : Mon amour [mahabbati] appartient forcément à ceux qui s'aiment les uns les autres pour Moi, à ceux qui s'assoient ensemble pour Moi, à ceux qui rendent visite les uns aux autres pour Moi, et à ceux qui donnent généreusement les uns aux autres pour Moi ».

Le terme mahabba diffère d'agapè à un seul égard et non des moindres. Parce que se soumettre et aborder l'être aimé est une forme de lutte personnelle continue, la mahabba est une forme de djihad. Loin du djihad mineur, violent et sans discernement prêché par les militants, la mahabba est une forme du djihadmajeur, autrement dit un djihad qu'on mène contre son propre ego. Adhaf Soueif a raison : « toute chose porte en son coeur les germes de son propre renversement. ». La lutte pour servir Dieu, et son prochain, par amour, c'est le djihad du potentiel humain contre le djihad de l'idéologie violente. Si ce djihad oublié renaît de ses cendres, il a le pouvoir de changer le monde.

G. Willow Wilson est une écrivaine et essayiste musulmane. Elle a notamment travaillé pour le New York Times et The Atlantic Monthly. Son roman graphique CAIRO(Le Caire), illustré par le dessinateur MK Perker, est désormais disponible aux éditions Vertigo Comics.




G. Willow Wilson - CGNEWS
Lundi 21 Janvier 2008




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MessagePosté le: Lun 8 Sep 2008 - 19:38    Sujet du message: Publicité

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