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L'Oiseau Paradis..."

 
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damejane
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MessagePosté le: Mer 17 Mar 2010 - 01:20    Sujet du message: L'Oiseau Paradis..." Répondre en citant

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L'Oiseau Paradis...




Le Père Anselme, c’est un moine bénédictin qui vivait au XII ème siècle en ce monastère alors grouillant d’une intense activité. Père Anselme était enlumineur et travaillait rude sur ces lutrins de bois sculpté qui faisaient la renommée du monastère.

Père Anselme aimait, quand le temps le lui permettait et lorsque sa tâche lui en donnait quelque loisir, à se promener dans la forêt voisine. Il adorait humer l’odeur doucereuse des champignons d’automne. Il appréciait beaucoup les effluves capiteux des fleurs qui jaillissaient tout à coup au printemps. Il affectionnait partir à la récolte des simples en la moiteur de l’été. Il raffolait cueillir les baies sucrées que le frère économe saurait si bien conserver pour l’hiver en les transformant en succulentes confitures. Il goûtait par-dessus tout le chant des oiseaux. Ces trilles envolés, ces roucoulements mélodieux, ces gazouillis feutrés, ces sifflements harmonieux charmaient ses oreilles et l’emplissaient de bonheur.
Un matin, comme à son habitude, Père Anselme sortit du couvent en saluant amicalement frère Benoît, le portier. Un peu de marche lui ferait beaucoup de bien. La journée s’annonçait belle et les bosquets frémissaient sous la caresse de zéphyrs parfumés. Là-bas, sous la fraîcheur des grands arbres centenaires, il pourrait méditer à l’aise et préparer son homélie dominicale....


Tout à coup, il entendit un bruissement de plumes, un chant d’oiseau retentit, mélopée harmonieuse grimpant sous la ramure et éblouissant tous les hôtes des couverts. Il se retourna et aperçut l’animal au plumage coloré, d’une race inconnue. Ses plumes irisées chatoyaient dans les rais de soleil et chacune lançait comme les étincelles d’une gerbe enflammée. Jamais Père Anselme n’avait observé si bel oiseau. Jamais son cœur ne s’était ému sous une aria aussi développée. : « Que c’est beau ! » souffla-t-il. Soudain, l’oiseau, d’un coup d’ailes s’envola et s’enfonça dans la forêt. le Père Anselme ne put s’empêcher de le suivre, le gardant toujours en vue, espérant, non le capturer, mais en prendre un tel souvenir qu’il pourrait ainsi émerveiller ses confrères par l’enluminure qu’il en tirerait.
Chaque fois qu’il arrivait à proximité du volatil, celui-ci voletait de branche en branche sans cesser son chant. Au pas suivant, un bref coup d’aile le propulsait un peu plus loin et Père Anselme, fasciné, recommençait sa traque vaine. Plusieurs fois, Père Anselme en fut si proche qu’il crut pouvoir le toucher, mais chaque fois le bouquet de plumes reprenait son vol. Le jour avançait, Père Anselme aussi, le jeu se poursuivait, aucun ne se lassait.


Si, pourtant, vers la fin du jour, en plein cœur de la forêt dense de la couze Chambon qu’il connaissait bien, Père Anselme se dit qu’il ferait mieux de s’en retourner à ses plumes encolorées et ses vélins. Il n’avait, ce jour, fait grand labeur, et son supérieur saurait le sermonner. « Il me faudrait rentrer sinon mes frères vont s’inquiéter. » A regret, il abandonna donc l’oiseau et toujours réjoui par sa merveilleuse rencontre, il se dirigea en sifflotant ainsi qu’il l’avait entendu sur le chemin empoussiéré par la chaleur de la saison. D’abord, il entendit les cloches de l’angélus du soir, puis, dépassant des branchages, il vit le clocher, et cheminant arriva au monastère. Il frappa à la porte, tira la cordelette actionnant la clochette. Il entendit le pas de sandales sur le sol dallé. La porte s’ouvrit laissant paraître un moine inconnu :

« Bonjour frère, je suis le Père Anselme. Frère Benoît n’est plus là, serait-il malade ?

- Je ne connais pas de frère Benoît, répondit l’inconnu. Qui désirez-vous voir ?

- Je désire entrer ? J’ai du travail et je dois excuser mon retard...
puis remarquant l’accoutrement de l’inconnu ...
- de quel ordre êtes-vous ? Vous n’est pas un bénédictin. Pourquoi m’ouvrez-vous et non pas frère Benoît ?


- Je vous ouvre car je suis un franciscain, vous êtes dans un monastère franciscain, et je vous répète que je ne connais pas de frère Benoît dans ce monastère.

- Mais ce que vous me racontez est absurde. Ce matin, ce monastère était un monastère bénédictin, j’en suis. De plus, les franciscains ne sont pas un ordre que je connais, et Dieu sait que je suis loin d’être ignare. »

Le ton continua de monter entre les deux interlocuteurs, chacun sûr de sa certitude, tant et si bien qu’à un moment Père Anselme, en désespoir de cause hurla :

« Je veux voir le Père Gauthier de Jonas, le supérieur !

- Il n’y a pas de Gauthier de Jonas ici et le supérieur est Jean de Dalmas. Répondit en pouffant le portier.

- Comment donc, pas de Gauthier de Jonas. Sa cellule est à côté de la mienne, au fond du couloir qui mène au cloître, la dernière porte à droite. Je veux le voir ! Allez le chercher ! »


Le dialogue de sourds attira, comme vous vous en doutez, d’autres moines qui firent entrer les deux frères, les amenèrent aux communs, les assirent et les écoutèrent.
L’un des vieux franciscains, un érudit gardien de la bibliothèque dit :

« Je connais un Gauthier de Jonas, et il fut bien supérieur du monastère, et il vécut il y a près de trois cents ans. Attendez, je reviens. »
Le docte moine remonta sa robe de bure et partit en courant dans l’escalier, disparut puis revint les bras chargés d’un gros grimoire empoussiéré :

« C’est l’histoire de notre couvent... Regardez, ici, Gauthier de Jonas, la date de sa mort et là ... Père Anselme
Lisez ...»

La chronique du couvent annonçait que quelques années avant le décès du supérieur, un certain Père Anselme avait disparu sans laisser de traces. Parti pour une promenade dans les bois, il n’en était jamais revenu. On avait suspecté les loups, l’Anglois, mais son cadavre jamais retrouvé n’avait permis d’élucider l’énigme...
Quand le bibliothécaire leva les yeux du manuscrit, il ne vit plus le Père Anselme.
Les moines, sur ordre du supérieur, partirent à sa recherche mais nul ne le rattrapa. Seuls quelques-uns, dans la forêt proche, entendirent de merveilleux chants d’oiseaux.


remerciements à Aude qui m'a fait connaître ce joli conte...

damejane


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_________________
La vérité est la lumière de feu que te dicte ton coeur.
"Shanti-Om"


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MessagePosté le: Mer 17 Mar 2010 - 01:20    Sujet du message: Publicité

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