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Justice pour la Pachamama

 
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damejane
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MessagePosté le: Mer 20 Jan 2010 - 21:17    Sujet du message: Justice pour la Pachamama Répondre en citant

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Justice pour la Pachamama



Il y avait tellement de choses à couvrir à Copenhague qu'une équipe de 10 journalistes n'aurait pas suffi. Dans ce qu'il était convenu d'appeler la conférence parallèle, il pouvait y avoir de 30 à 50 conférences, colloques, panels, etc., par jour! Plusieurs auraient mérité une couverture médiatique, mais comme toujours, il faut se concentrer sur le coeur de la négociation politique en raison de ses conséquences. Pas le choix!

Mais il s'est passé une chose en plénière qui a totalement été occultée par les médias, concentrés sur les passes d'armes entre l'Europe, les États-Unis, la Chine et les pays en développement.

Le président de la Bolivie, Evo Morales, y a en effet développé le thème d'une «justice climatique», que plusieurs ont réduit à la classique opposition entre les pays du Sud qui demandent aux pays du Nord de payer la facture de leurs politiques d'adaptation aux changements climatiques.

Mais il y a plus, car le président bolivien entend se retrouver à la tête d'un mouvement qui prend de l'ampleur en Amérique latine sur le thème de la Pachamama, ou de la «Terre mère», une divinité ancienne que l'on retrouve dans plusieurs des cultures de la partie sud de notre continent. L'Équateur a d'ailleurs pris les devants en inscrivant les droits de la Pachamama dans sa Constitution!

Il y a quelques années, j'ai raconté dans cette chronique ce qui était arrivé à ma compagne, qui avait été abordée dans un parc riverain de Longueuil par une femme d'origine sud-américaine qui lui demandait avec insistance de l'aider à allumer un petit feu dans lequel elle pourrait faire brûler des friandises et des fruits en hommage à la Pachamama, pour la remercier de sa générosité.

Cette semaine, Evo Morales a annoncé qu'il organiserait dans son pays une conférence internationale portant à la fois sur les changements climatiques et sur les droits de la Terre, les droits de la Pachamama, dans un effort de relance des débats post-Copenhague. Cette «conférence climatique alternative» est prévue du 20 au 22 avril à Cochabamba.

Ce sont les triples objectifs de cette conférence qui retiennent principalement l'attention. Selon ce chef de gauche, sa conférence devrait accoucher d'un projet de «Déclaration universelle des droits de la Terre mère». Il propose ensuite de jeter les bases d'un référendum mondial sur un plan de lutte planétaire contre les changements climatiques. Et enfin, il propose la mise en place d'une «Cour internationale de justice climatique», dont on ne sait pour l'instant si elle serait appelée à sanctionner l'irresponsabilité de pays ou de leurs dirigeants politiques et privés.

Un glissement dangereux

Il est clair que pour une portion importante de l'humanité, le concept de Terre mère, qu'illustre parfaitement celui de la Pachamama, est déjà présent sous une forme ou une autre dans les cultures locales ou régionales.

Mais son application juridique est impensable dans une société laïque pour deux raisons.

D'abord parce qu'il déifie la Terre mère, ce qui en fait une sorte de divinité et partant, une sorte de religion, ce qui est effectivement le cas du culte qu'on voue à la Pachamama en Amérique latine. Ce n'est certainement pas en faisant de la protection de l'environnement une nouvelle religion qu'on va convaincre les humains d'aujourd'hui, matérialistes à l'excès, de modifier leurs habitudes de vie et les climato-sceptiques, de devenir de pieux croisés du climat...

Deuxièmement, il est impensable et totalement dysfonctionnel juridiquement parlant d'accorder des droits à des choses, que ce soit la Terre ou la vie elle-même, tout comme il est impensable de le faire pour des animaux, n'en déplaise aux animalistes. Si la Terre ou le vivant avait des droits véritables, tous et non seulement les humains devraient les respecter: on voit d'ici l'impossibilité de convaincre l'éléphant de ne pas trop désherber les savanes ou les loups de respecter le droit à la vie des gazelles. Ce cul-de-sac idéologique n'a qu'une issue, explorée et magnifiquement balisée par le philosophe Hans Jonas dans Le Principe responsabilité (éditions du Cerf, 1990).

Au lieu de reconnaître des droits à des choses ou des animaux, dit-il, les humains peuvent plutôt exprimer leur humanité en s'imposant des responsabilités, que ce soit envers les animaux, l'environnement, le système vivant de la planète, etc., parce que leur intelligence y reconnaît les bases de la vie collective et que ce droit à la vie, qui est le nôtre, nous oblige à transmettre cette nature dont nous héritons dans un état aussi viable que nous l'avons reçu. Ou mieux.

Jonas définit ce principe de responsabilité clairement: «Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre [...]. Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l'humanité sur Terre» (p. 30-31).

Seule une reconnaissance ou une déclaration officielle mettant en valeur un concept de responsabilité nationale, collective ou individuelle par rapport à l'environnement, voire une responsabilité qui transcende les droits sur la liberté religieuse ou de conscience pour qu'ils ne deviennent jamais des motifs justifiant la destruction de l'environnement, peut servir de base juridique au concept de «justice environnementale» qu'Evo Morales veut définir. Un concept qu'il faut aussi impérativement développer pour arriver à rendre opérationnel en droit international le «crime environnemental». Il est en effet tout aussi impératif que l'on puisse éventuellement envoyer devant la justice internationale ceux qui, délibérément ou au nom de leur intérêt soit national ou personnel, détruisent ou omettent de faire les gestes qui pourraient enrayer des destructions massives du système vivant dont tout le monde dépend. Détruire la planète, ses écosystèmes, ou enrayer le système de la vie sont tout aussi contraires au principe de la responsabilité de tous devant la planète que le «crime contre l'humanité», déjà reconnu. Reste à le codifier et à le faire appliquer...

- Lecture: Quand le vent faisait tourner les moulins, par Gilles Deschênes, éditions Septentrion, 312 pages. Voilà un livre que doivent lire ces citoyens qui grimpent aux barricades à la vue appréhendée d'éoliennes, alors que depuis des siècles tout le monde a apprécié, y compris au Québec, les bénéfices du vent et la beauté des moulins à vent. Au fond, harnacher le vent a constitué depuis des siècles, voire des millénaires avec la navigation à voile, une des principales sources d'invention humaine. Et le Québec, comme nous le fait deviner ce livre incroyable, n'est pas étranger à la règle, d'autant plus qu'ici, le vent fait partie de toutes nos saisons. Avec force et constance.

Louis-Gilles Francoeur
8 janvier 2010 Climat


Source :
http://www.ledevoir.com/environnement/climat/280689/justice-pour-la-pachama…

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_________________
La vérité est la lumière de feu que te dicte ton coeur.
"Shanti-Om"


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MessagePosté le: Mer 20 Jan 2010 - 21:17    Sujet du message: Publicité

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Lanou


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Inscrit le: 17 Juin 2009
Messages: 78

MessagePosté le: Jeu 21 Jan 2010 - 11:21    Sujet du message: Justice pour la Pachamama Répondre en citant

Yo!

Salut à tous!

Cit: "Ce n'est certainement pas en faisant de la protection de l'environnement une nouvelle religion qu'on va convaincre les humains d'aujourd'hui, matérialistes à l'excès, de modifier leurs habitudes de vie et les climato-sceptiques, de devenir de pieux croisés du climat..."

Voilà un point de vue résumant bien la teneur du "hiatus". Celle qui nous a enfanté au monde de la matière, qui nous nourri, nous soigne... est appelée "environnement". Le respect et l'amour, si naturel aux Peuples Premiers est appelé "nouvelle religion" et non retour à la conscience de la grande interdépendance...Même bien des "religieux" ont, de cette manière, perdu la réalité quotidienne du sens du sacré, ne savent plus voir dans les magnificences de la Nature le vêtement de Marie, notre Mère.

Un article qui montre, une fois de plus, que de la tête au coeur, il y a de la route pour certains qui se disent représentant le grand nombre!

Ce qui est en train de prendre forme en Amérique du Sud n'est pas une initiative mais une réponse du vivant à la demande de la vie.Les temps à venir sont chargés de grandes surprises, n'en doutons pas.

Que nos meilleures pensées aillent à ceux qui oeuvrent pour la Pacha Mama. Que chacun de nos regards sur la Nature soit de gratitude et d'invocation, que la lumière de chacun s'unisse à la Lumière. Le ciel a toujours répondu.

Fraternellement,

Lanou


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 15:32    Sujet du message: Justice pour la Pachamama

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