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Pendant une nuit obscure.

 
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damejane
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MessagePosté le: Jeu 4 Sep 2008 - 17:17    Sujet du message: Pendant une nuit obscure. Répondre en citant

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CHAPITRE PREMIER


On propose le premier vers, et on parle des imperfections de ceux qui commencent.
Pendant une nuit obscure.
On appelle commençants tous ceux qui se servent encore de la Méditation dans la vie spirituelle. Dieu les fait passer à l’état de ceux
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qui profitent en la vie intérieure, lorsqu’il les élève à la contemplation ; et il les conduit au rang des contemplatifs, afin qu’ils parviennent ensuite à l’état des parfaits, c’est-à-dire de ceux qui ont acquis l’union divine. C’est pourquoi, pour bien connaître ce que C est que la nuit par laquelle l’âme doit passer, et pour savoir quelles raison oblige Dieu à l’y faire passer, il est nécessaire de remarquer d’abord Quelques-unes des qualités qui sont propres aux commençants, afin qu’ils c..nçoivent mieux l’imperfection de leur état, et qu en relevant leur courage abattu, ils souhaitent que Dieu les mette en cette nuit où les âmes ont coutume de fortifier leurs vertus et de coûter les douceurs inestimables de l’amour divin.

Après donc que l’âme s’est déterminée à embrasser le service divin, Dieu la nourrit spirituellement avec autant de douceurs et de caresses que la mère la plus passionnée nourrit son enfant telle mère l’échauffé dans son sein ; elle lui donne le lait le plus doux et la nourriture la plus délicate qu’elle peut avoir ; elle le porte entre ses bras, elle le flatte, elle le réjouit de toutes les manières possibles. Mais, à proportion qu’il croît, elle diminue ses caresses ; elle se couvre le sein ou elle le frotte d’aloès, afin que l’amertume en dégoûte ; elle le fait marcher lui-même, afin que, quittant les faiblesses des petits enfants, il s’accoutume aux choses plus grandes et plus solides. Dieu fait de semblables traitements à l’âme dans ses premières ferveurs : il lui fait goûter, dans les exercices de la vie intérieure, un lait spirituel doux et savoureux, et des consolations sensibles. Ainsi l’âme sent un plaisir délicieux à mettre beaucoup de temps en oraison, et même à y passer les nuits entières ; à faire de grandes pénitences et des jeûnes très-rigoureux ; à fréquenter les sacrements ; à parler de Dieu et de tout ce qui concerne le culte divin et l’excellence des vertus.


Mais, quoique les hommes spirituels s’appliquent à toutes ces choses avec force et avec soin, toutefois on peut dire si l’on comprend bien la nature de la spiritualité, qu’ils s’y conduisent d’ordinaire avec faiblesse et avec imperfection. Comme ils ne se portent à ces saintes occupations que par la douceur qu’ils y trouvent et comme ils n’acquièrent pas l’habitude des vertus par l’épreuve des combats qu’il faut soutenir en cet état, ils sont sujets à plusieurs défauts qui se glissent dans la dévotion, puisque chacun opère selon l’habitude qu’il s’est formée de la perfection. De sorte que, n’ayant pas encore pu s’affermir dans les vertus les plus achevées, il est nécessaire qu’ils agissent avec faiblesse comme les enfants.
Afin devoir clairement combien les commençants sont faibles dans les vertus qu’ils exercent, attirés par les douceurs intérieures, je mettrai devant les yeux les imperfections qu’ils commettent par
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rapport aux sept péchés capitaux, ce qui prouvera qu’ils imitent en hors opérations l’imbécillité des enfants. Il paraîtra aussi combien la nuit obscure, dont nous parlerons incontinent, attire de biens ai les elle, puisqu’elle purge l’âme de ces manquements.
CHAPITRE II De quelques imperfections spirituelles où les commençants tombent à l’égard de l’orgueil.

Quoique les choses saintes et divines nous inspirent d’elles-mêmes l’humilité, les commençants néanmoins reçoivent, par leur faute, les impressions de je ne sais quel orgueil secret, parce qu’ils font réflexion sur leur ardeur et sur leur diligence dans les exercices de piété. Ils c..nçoivent de la joie et de la complaisance d’eux-mêmes et de leurs actions, et ils ont un grand penchant à parler des choses spirituelles dans les conversations, et même à les enseigner plutôt qu’aies apprendre. Ils jugent des autres, et ils les condamnent en leur cœur de ce qu’ils n’embrassent pas la dévotion de la même manière qu’eux, et quelquefois ils en disent leurs sentiments, semblables en cela au pharisien, qui louait Dieu, qui se vantait de ses œuvres, et qui méprisait le publicain (Luc. XVIII, 11). Le malin esprit les anime souvent à la ferveur, à la vertu, aux bonnes actions, afin qu’ils en deviennent plus orgueilleux et plus présomptueux, sachant bien que ces choses, au lieu de leur profiter, leur nuiront, étant, comme elles sont, vicieuses et criminelles. Quelques-uns même d’entre eux sont assez vains pour désirer qu’il ne paraisse qu’eux seuls de gens de bien. C’est pourquoi, lorsque l’occasion s’en présente, ils improuvent les autres, et de fait et de paroles, et ils flétrissent autant qu’ils peuvent leur réputation : Ils voient comme parle Jésus-Christ, une paille dans l’œil de leur frère, et ils ne voient pas une poutre dans leur œil. Ils coulent le moucheron qu’ils aperçoivent dans les breuvages des autres, et ils avalent le chameau dans leur propre nourriture (Matth., VII, 3 – XXIII, 21).
Ils souhaitent si ardemment que leurs maîtres spirituels, tels que sont leurs confesseurs et leurs supérieurs, estiment et approuvent leur esprit et leur manière de vivre, que, lorsque ces directeurs n’ont pas pour eux cette condescendance, ils se persuadent que ces gens-là ne comprennent pas leur intérieur, ou qu’ils n’entendent pas
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la spiritualité. De sorte qu’ils cherchent aussitôt quelque homme qui soit de leur sentiment, et à qui ils puissent découvrir le fond de leur âme : car ils ont beaucoup d’empressement pour trouver des personnes qui fassent état de leurs vertus, et qui leur donnent les louanges qu’ils désirent. Au contraire, ils abhorrent comme la mort, et quelquefois ils haïssent tous ceux qui semblent n’en faire nulle estime afin de les remettre en bon chemin par ce mépris apparent. Pleins de la présomption d’eux-mêmes, ils se proposent plusieurs desseins, mais ils ne les accomplissent jamais.
Ils ont souvent une extrême passion de se faire connaître aux autres ; et, pour cette cause, ils font des mouvements de tête, des gestes et des regards dévots, de fréquents soupirs, d’autres actions extérieures, pour faire entrevoir leurs perfections intérieures. Ils sont aussi très-aises de tomber en extase devant le monde plutôt qu’en secret, et de découvrir leurs ravissements aux autres, quoique le prince des ténèbres en soit ordinairement l’auteur.

La plupart s’efforcent encore de s’attirer l’amitié et la familiarité de leurs confesseurs, quoique ces liaisons de cœur et de conversation leur soient une source d’envie et d’inquiétude. Ils ont honte de déclarer nettement leurs péchés à leurs confesseurs, de peur de diminuer la bonne opinion qu’ils leur ont donnée de leurs vertus. C’est pourquoi ils couvrent leurs fautes de divers prétextes, afin de ne paraître pas si méchants qu’ils sont ; en quoi sans doute ils se trompent, puisque c’est plutôt s’excuser que s’accuser. D’autres fois ils se confessent à un autre, afin que leur confesseur ordinaire, ignorant tout le mal qu’ils font, les estime très-vertueux. C’est dans le même esprit qu’ils racontent volontiers leurs bonnes œuvres, et qu’ils les exagèrent toujours, afin qu’on les estime plus grandes et plus parfaites qu’elles ne sont. Cependant la véritable humilité devrait les incliner à les diminuer, et à ne rien dire qui pût leur attirer l’approbation du monde.

Il y en a qui ne se mettent point en peine de leurs fautes ; d’autres, au contraire, s’affectent extrêmement de leurs chutes, les supportent avec impatience, et se fâchent contre eux-mêmes, s’imaginant qu’ils devraient être déjà de grands saints. Tout cela marque une imperfection considérable. Ils prient souvent Dieu avec ardeur de les délivrer de leurs défauts, non pas tant pour lui procurer de la gloire que pour s’affranchir eux-mêmes du chagrin qu’ils en reçoivent. Mais ils ne prennent pas garde que, si Dieu écoutait leurs vœux, ils en seraient peut-être plus orgueilleux. Ils ne louent les autres qu’à regret, quoiqu’ils souhaitent d’être loués eux-mêmes des autres, et qu’ils recherchent avec adresse leurs applaudissements ; de sorte qu’on peut les comparer aux vierges folles, qui
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demandèrent de l’huile à leurs compagnes pour mettre à leurs lampes lorsqu’elles allaient s’éteindre ( Matth., XXV,  8 ) .
Les imperfections qui leur sont ordinaires ont des degrés différents. Quelques-uns tombent dans les plus grandes, qui les précipitent conséquemment dans de grands maux ; quelques autres en commettent de moindres ; d’autres enfin n’en sentent que les premiers mouvements ; mais il ne s’en trouve point entre les commençants, qui ne donne, pendant ses ferveurs, dans quelques-uns de ces défauts comme dans un écueil inévitable.

Mais ceux qui observent en cet état les règles de la perfection vivent d’une manière bien différente et avec un esprit bien plus tempéré. Ils lâchent de faire de grands progrès en l’humilité, soit en ne faisant nulle estime de leurs œuvres, soit en ne cherchant pas à se contenter eux-mêmes, soit en jugeant que les autres sont meilleurs qu’eux, soit en concevant une sainte envie de les imiter, et en désirant de servir Dieu comme eux, avec amour et avec perfection.

Plus leur ferveur est enflammée, et plus les actions qu’ils font et les délices qu’ils goûtent sont grandes, plus leur humilité les aide à connaître combien Dieu mérite, et combien peu de chose ils font pour sa gloire ; tellement que plus leurs œuvres sont considérables, moins ils sont contents d’eux-mêmes. En effet, tout embrasés de son amour, ils voudraient faire de si grandes choses, que les plus admirables où ils consument leurs forces et leur temps ne sont rien dans leur pensée. Le soin empressé dont cet amour les anime sans cesse les empêche de s’apercevoir si les autres font du bien ou n’en font point ; ou, s’ils le remarquent, ils infèrent de là que les autres ont plus de vertu et plus de perfection qu’eux. Si bien que, comme ils ont une très-basse opinion d’eux-mêmes et de leurs actions, ils désirent que les autres aussi n’en c..nçoivent que du mépris. Lors même que quelqu’un les estime et les loue, ils n’y peuvent consentir : de sorte que parler avantageusement de leurs bonnes œuvres, c’est, selon leur sens, quelque chose d’étrange et d’extraordinaire.

Bien loin de s’ériger en maîtres de la vie spirituelle, et de vouloir donner des instructions aux autres, ils en reçoivent volontiers de tous ceux qui peuvent leur être utiles ; ils sont même prêts, si leurs directeurs le commandent, à quitter le chemin qu’ils tiennent, et à suivre une autre voie, croyant toujours que leurs démarches en la vertu ne sont que des égarements. Ils ont de la joie quand on loue les autres, et de la tristesse de ce qu’ils ne sont pas aussi bons serviteurs de Dieu que ces gens-là. Au lieu d’avoir du penchant à parler
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de leurs actions, ils ont même de la confusion de les dire à leurs pères spirituels, les jugeant indignes d’être expliquées et connues des hommes. Il leur paraît bien plus souhaitable de faire éclater leurs péchés et leurs vices à la vue de tout le monde, ou du moins de donner connaissance de ce qu’ils sont, désirant qu’on n’y découvre aucune trace de vertu : pour cette raison, ils se font un plaisir de communiquer leur intérieur à des gens qui n’en fassent nul étal. Cette manière d’agir est assurément le propre d’un esprit simple, pur, sincère ; et elle plaît infiniment à Dieu, parce que son esprit divin demeure dans ces personnes humbles, et les excite à cacher en elles-mêmes leurs richesses spirituelles, et à jeter dehors tout le mal qui s’y peut glisser : c’est la grâce singulière qu’il accorde aux humbles avec toutes les vertus, pendant qu’il la refuse aux orgueilleux.


Au reste, leur zèle pour Dieu est si ardent et si généreux, qu’ils donneraient de bon cœur tout leur sang à ceux qui le servent, et qui s’efforcent de lui gagner des âmes en toutes rencontres. Lorsqu’il leur échappe quelque imperfection, ils la supportent avec humilité, avec tendresse de cœur, avec une crainte amoureuse de Dieu ; et, mettant toute leur confiance en sa bonté et en sa miséricorde, ils se relèvent et s’encouragent à mieux faire.



Mais il me semble qu’il y a très-peu d’âmes qui marchent au commencement dans ce degré de perfection, et nous aurions sujet d’être satisfaits si la plupart ne se jetaient pas dans des désordres tout contraires. C’est pourquoi Dieu plonge dans les ténèbres d’une obscure nuit toutes celles qu’il veut purifier de ces défauts et de ces vices.



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_________________
La vérité est la lumière de feu que te dicte ton coeur.
"Shanti-Om"


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MessagePosté le: Jeu 4 Sep 2008 - 17:17    Sujet du message: Publicité

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